S'incarner

Dépossédée

Mon visage a été longtemps un masque, une façade d'un corps inhabité.

Je ne me sentais pas être mais plutôt représenter quelque chose qui pourrait/devrait être, sans jamais y arriver.

Mon corps n'était pas à "moi", à peine "à moi". Il était "tout" et "rien" à la fois, modelable, malléable pour et par l'autre sans que mon avis, accord ne semble être nécessaire.

Le reflet de la mère

Jusqu'au début de l'âge adulte, il était la copie conforme de celui de ma mère. J'étais un "Elle" en miniature. Un corps qu'elle connaissait, admis et docile, prédestiné et domestiqué.

Ajourd'hui je commence à peine à le prendre en conscience; et ce même corps qui ne ressemble plus au modèle d'origine est désormais rejeté; par mes frères, ma mères et même une ancienne amie qui m'a connu "avant". Ce corps que je découvre, m'approprie et apprivoise, ce corps qui me ressemble mais qu'ils ne connaissent pas, qu'ils ne reconnaissent plus. Pourquoi fait-il débat? Pourquoi les choque-t'il? N'est-ce pas à moi de décider qui je suis et à quoi/qui je veux ressembler?

Couper le cordon

Jeune adulte je me grimais comme elle :

  • Sourcils épilés,
  • coupe et couleur (teinture) de cheveux,
  • maquillage et bijoux,
  • le même nombre de trous aux oreilles.

Puis, une fois partie de la maison, j'ai continué les transformations, les ajustements. Comme je n'habitais plus chez elle, mes influences sont devenuent autres et mon corps a divergé.

J'ai commencé a trouer d'autres parties mon corps que les oreilles: l'arcade, du cartillage, les tétons. Puis j'ai continué avec des tatouages en commençant par la poitrine; celle qui avait nourri mon enfant, celle qui a été l'instrument de mon affirmation, de ma libération.

Il a eu aussi mes longs et "si beaux" cheveux que j'ai rasé en devenant mère. Peut-être était-ce cette goutte parmis tant d'autre qui fut de trop : j'etais devenue marginale.

Tu n'es plus toi-même; on ne te reconnais plus!

Quid de ma féminité? Ou était-elle passée? Ne m'intéressait-elle plus? Pourquoi un tel BOYquot?

La réconciliation

Alors que devenir parent m'a aidé à m'affranchir des règles qui me subordonnaient à mes parents (je suis enfin devenue adulte et responsable de mes actes), changer les codes visuels de mon visage m'a permis de me reaproprier mon identité, mes idées, ma personne.

Ce fût le début de mon affirmation vis à vis de ma mère (symboliquement) mais surtout de moi-même.

Avant cela, j'étais arrivée à une voie sans issues, je patinais. Ma féminité (au sens communément admis, mon apparence extérieure) était maîtrisée mais il me manquait une dimension : je n'habitais pas ce visage. Il était certe présentable et joli mais désincarné : vide de toute vie. La mienne!

Quant à mon corps, il plaisait aux autres mais pour moi; il était trop ou pas assez; trop gras "du bas" et trop maigre "du haut". Il me manquait quelque chose que les vétements ou accessoires ne réussissaient pas à combler.

La marginalisation de mon apparence m'a aidé en celà : d'abord en me séparant de la norme pour former un corps indépendant, puis en imprimant sur ma chaire des marques qui traçaient les épreuves qui m'ont marquées à vie. Les seins pour l'allaitement par exemple.

Ainsi inscrites, mon mental et mon corps ont commencé à se réconcilier. réconciliés.

Droite et fière

Désormais je peux avancer facilement : en dehors du joli, de l'admis, du normal. Je n'avance plus sur "un" chemin parmis tant d'autres mais sur le mien. Je ne me demande plus si je plais ou si je suis bien présentée. Je suis et j'avance en essayant de me détacher du regard de l'autre.

Mon visage peut désormais être le reflet de mes émotions et mon corps porte ma vie : les expériences bonnes ou mauvaises, les marques du temps, mon histoire. Lorsque je me vois dans la glace, je me reconnais plus. Petit à petit je deviens "moi" : un corps et un esprit, ensemble!