Les voeux de PE

Le rendez-vous

Rendez-vous Pôle Emploi (PE) ce matin. Ma conseillère semble "humaine"; Sourire avenant, présence décontractée avec son jean et gilet-doudoune sans manche qui lui donnent l'air d'un magasinier.

"elle doit savoir ce que c'est que la galère" voilà la pensée qu'elle m'inspire. Elle me sert la main et me montre son bureau. Je rentre et pose mes affaires. Respire calmement et la laisse commencer.

Ne pas paniquer (comme la dernière fois). Les laisser faire les demandes. Ne rien proposer, ne rien anticiper, surtout pas!

– Vous êtes donc dans le cycle Formation, pouvons-nous faire le point?

Désolé, mais je ne suis pas en formation; je suis en reconvertion. Je travaille actuellement sur des projets d'illustrations.

Puis j'ajoute pour éviter de passer pour l'impertinente de service :

c'était ce qui a été inscrit dans mon dernier entretien, et depuis ma situation a été mise à jour avec de vieilles informations; je ne comprends pas comment c'est possible."

– Je vais vous expliquer comment PE fonctionne…"

"Putain! ça re-commence…" que je me dis.

Je respire, respire, respire : tout va bien se passer.

Après m'avoir fait la présentation du fonctionnement obtu et piégée de l'administration de PE, je me retrouve à lui expliquer "mon projet". J'avais apporté un dossier de 20cm d'épaisseur; préparé mon texte; je le lui lis.

Mon objectif de lui montrer que j'ai des contacts à l'extérieur, et que je cherche à m'ancrer via des associations pour élargir mon réseau. Que je test plusieurs pistes, que je me gère, que je suis indépendante : bref, elle peut avoir confiance. Je suis sérieuse et prohactive.

Sous entendu : PE peut avoir confiance. Son allocation est bien investie.

Une fois fini, sa réponse est celle que je craignais depuis le début. Elle tombe mécanique, froide comme la lame de la guillotine :

– Que pensez-vous que PE peut vous apporter dans votre recherche?

Nous y voilà… L'éternel refrain, quoi que l'on dise, quoi que l'on fasse… B####l! j'ai l'impression d'être à un entretien d'embauche. Malgré mon indépendance, mon sérieux dans mon exposé, mes entretiens précédents, la même question rabachée encore et encore. Comme si rien n'avait été expliqué avant.

A quoi sert mon dossier ? A quoi ça sert d'être "suivi" ?! Mes réponses ne sont-elles jamais prises en compte? Comme un interrogatoire que l'on comparera au précédent pour vérifier que les versions coroborent ou sinon: la porte de sortie!

Panique à bord! Que répondre? Pourquoi le fait que je construise sérieusement mon projet n'est pas suffisant?! C'est une malédiction!

… Parce que je ne vois pas de mon côté ce que PE peut vous apporter; peut-être que vous inscrire à 'un autre organisme' serait plus pertinent.

Une voix intérieur lui hurle :

M'apporter quoi ? M'APPORTER QUOI?! De la thune, connasse! Une allocation pour vivre décemment ce n'est pas une raison suffisante?!

Ne pas montrer la panique, ne pas laisser la colère monter en moi : pas maintenant, pas tout de suite!

Je me ressaisi. Je respire profondément (encore et encore). Je pense à la douceur de ce souffle qui traverse mon corps. Je cherche l'apaisement car je sens l'incendie qui est en train de me ravager les tripes.

La pensée qui suit est la suivante :

Comment ça : "un autre organisme"? parcequ'on a le choix? si plus de PE, plus de chômage…

Ce discours s'annonce décidément vicieux : Ils ne peuvent rien pour moi, ils sont dans l'incompétence de m'accompagner et c'est à moi que revient la faute? Supprimer les allocations, c'est de ça dont il s'agit?

Évidement, je ne suis pas dupe : quoi que je dise, quoi que je présente, la même et unique issue : sortir des statistiques, ne plus être prise en charge, ne plus coûter d'argent. C'est évidement vers cette voie sans issues, ce sens unique et le sens caché que nous renvoie l'intutilé asministratif "faire le point sur votre situation"

J'essaye de me rattraper aux branches, lui demandant s'ils n'auraient pas de suivi spécifique dans les métiers de l'artistique; des formations? une association extérieure affiliée à PE? J'ai entendu que dans d'autres régions celà existait.

Je deviens l'enfant devant le père tout puissant. Je m'en remets donc à elle, je n'ai pas le choix : j'accepte et ça permet de calmer un peu le jeu.

humiliation,
stress,
impuissance!
infantilisation…
stress!
STRESS!!
S.T.R.E.S.S!!!

On se quitte avec un prochain rendez-vous pour le trimestre prochain et voir si mes projets aboutiront.

Elle se lève, j'enfile mes affaires et je peux enfin quitter les locaux :

C'est FINI! ENFIN! je suis quitte d'ici là, le SOULAGEMENT ULTIME. La libération. La liberté enfin, pour les 4 mois suivants!

À cette date, mes droits à l'allocation seront terminés, je ne serais plus obligée de subir ces simulacres d'entretiens : ils n'auront plus de levier de pression sur moi. Plus obligée de m'abaisser, de lécher le sol couvert de la merde qu'ils déposent pour moi, de manger et d'avaler et tout ça avec le sourir en remerciant de la bontée qu'ils me montrent.


La réponse de mon corps

Ce que je n'ai pas dit, c'est que le matin de cet entretien, je me suis réveillée avec des douleurs aigües dans le ventre. Ce dernier avait doublé de volume. "La crise" (Syndrôme de l'Intestin Irritable) revenait après 2 ans d'absence.

Quand je suis rentrée chez moi, avec dans la tête un soulagement apparent, ces crises sont revenues. J'étais également de plus en plus agitée dans ma tête.

J'ai pourtant repris un travail de dessin qui était quasiment "plié" et que je devais/voulais finir dans les jours à venir. Je pensais que ça m'apaiserait.

En réalité, je me suis acharnée dessus; j'ai perdu prise sur mon mental, et j'ai fini par jeter à la poubelle l'équivalent de 3 semaines de travail et de réflexions.

Le soir venu, les crises ont repris plus intenses.

Je suis allée du bureau au lit, pliée en deux, incapable de me redresser tellement les crampes étaient fortes.

3 jours après, du sang accompagnait mes urines. Mes règles qui s'étaient finies depuis quelques jours avaient repris.

Cela fait 10 jours déjà…