Savoir rester à sa place
de femme

Experte

En devenant "experte" technique dans mon métier et me positionnant comme telle, j'ai rencontré des résistances à l'embauche : je n'étais plus un 1er choix. Pour preuve : me faire passer des tests technique de 1 semaine sans me donner de réponses. Quand j'en ai demandé une, la réponse fu :

"on ne sait pas évaluer ton niveau…".
- Sur un travail d'une semaine, vraiment?!

ou alors rompre ma période d'essai sous prétexte que :
je "ne cadrais pas avec l'esprit de l'entreprise"
ou que :

je n'avais pas su m'adapter malgré mes qualités humaines et mes compétences techniques indéniables.

15 ans d'activité professionnelle balayées du jour au lendemain, comme ça. En un simple claquement de doigts. Et sans grande argumentation. De simples formules toutes faites qui nous coupent l'herbe sous le pied prononcées sans la moindre culpabilité. Sans que personne d'autre que moi n'y trouve quelque chose à redire.

Ne pas savoir rester à sa place

Mon métier, ma carrière aurait-elle été une chance, un privilège qu'ils m'auraient faite et que je n'aurais pas su saisir "comme il le faut"? Serais-je allée "trop loin"? Y avait-il des limites à ne pas dépasser?

Suis-je coupable d'être devenue plus forte qu'eux à leur propre jeu? De ne pas avoir su faire semblant d'en savoir moins? De ne pas avoir su me taire quand il le "fallait"? Moi qui ne faisait que le travail qui été écrit dans mon contrat; je pensais que l'enjeu se jouait là, dans mes compétences professionelles et humaines, mais apparement il y avait un sous-texte que je n'ai pas eu "lintelligence" de deviner.

La rabat-joie

Qui plus est, je les ai empéchés de travailler comme ils le souhaitaient, c'est-à-dire en parlant de choses dégradantes sur les femmes ou en s'échangeant des photos sur le même sujet. En étant là, ils devaient faire attention. Ma présence, celle d'une femme, venait briser la bonne humeur générale car ils devaient faire attention à leur blagues "un peu trop salées". Bref, ma présence les brimait quotidiennement!

Pas difficile, quand on a vécu dans ce type d'atmosphère de mettre des mots sur ce qui se met en place; ce pourrait être de cet ordre :

"Mais pour qui se prend-t'elle celle-là?! De quel droit se permet-elle de nous censurer?! Moi j'enculee les féministes! Toutes des mal-baisées. Je vais leur apprendre à se taire!"

J'avoue, je brode un peu, mais seulement pour la 1ère partie de la citation; le reste je l'ai entendu plus d'une fois.

Menacés. Humilié. Contris. Vraiment? Doit-on les considérés comme des victimes des femmes qui ont pris le pouvoir sur le monde?!

Est-ce moi le monstre a éradiquer pour que leur monde retrouve toute sa LEUR pureté?

Chacun sa merde

S'ils se sentent menacés, humiliés c'est que évidement ils se sentent coupables ou alors qu'ils sont conscient de la place privilégiée qu'à l'homme sur la femme dans la société. Et c'est cette tradition qu'ils souhaitent perpétrer.

Dans cette affaire il y a plus d'un type de coupable : ceux qui accusent, ceux qui font semblant d'y croire et ceux qui se disent impuissants parce que "on ne peut pas refaire le monde". Mais qu'importe que le moteur soit la honte, la peur ou les deux. Qu'importe car Je n'ai pas envie de les excuser. Qu'importe car le résultat reste le même : notre exclusion par le maintien d'une oppression.

En fait, plus le temps passe, plus je trouve que les comportements "virils" ou "masculins" sont des comportements de petits garçons capricieux. Ils tapent du pied, ravagent leur chambre, cassent leurs jouets pour avoir ce qu'ils veulent.

Ils attendent que leur soeur, leur mère répare et résolve le problème à leur place. Et attendent qu' on leur offre un plus gros jouet pour les récompenser. Ce qui arrive à coup sûr (le Fautif obtient une promotion, pendant que la fille est virée).

Or, je ne suis ni leur mère, ni leur soeur; et quand bien même, ils sont adultes et donc théoriquement responsables. A eux d'affronter leurs problèmes, nettoyer leur merde.

L'identité virile, c'est à eux de se la ré-approprier pas à moi!

L'argument de la discimination positive

Il y a 2 mythe que j'ai appris à déconstruire dans la communauté des développeu.rs.ses : celui de la discrimination positive et du neutre. Ces 2 mythes permettent de maintenir les femmes sous le pouvoirs des hommes. Car tant qu'elles y croient, elle chercheront à : se faire respecter pour leurs compétences et non leur sexes. Elles nient ainsi l'oppression qui se jouent dans des milieux exclusivement masculins.

Quant aux hommes ça leur permet de faire ce qu'ils veulent comme ils veulent tout en dénigrant le travail des femmes en leur faisant croire qu'elles sont évidement leur égale mais que si elles galèrent c'est qu'elles ne sont pas encore assez compétentes.

Et les femmes travailleront encore plus dur, car elle ne voudront surtout pas qu'on leur facilite la tâche parce qu'elles sont des femmes. Et si elles osent évoquer le sujet d'être sous considérées eu égard à leur sexe, alors sortira à coup sûr la fomrule toute faite : "ici on ne fait pas de discrimination positive."

Car il est bien connu que si une fille réussi dans un milieu de mec, c'est forcément du à ses qualités plastique, non à ses compétences. Et que donc, si elle galère c'est parcequ'elle doit, pour une fois faire travailler sa tête et non son sourire niais.

Cet argument est imparable parcequ'il permet de s'excuser de tous les comportements abusifs :

Si y'a un problème et que la femme n'est pas remise en cause : discrimination positive. Si à l'inverse, on prends la défense de cette femme, ça reviendrait à dire : "j'ai couché avec elle" une version "adulte" de : "oh le menteur, il est amoureux".

C'est aussi valable lorsqu'une femme est choisie à la place d'un homme :

  • avoir embauché une femme : discrimination positive;
  • une promotion : discimination positive.

Donc si une femme passe devant un homme, elle n'a pas d'autre choix que d'être accusée. Ou si un homme fait une connerie est qu'on l'accuse lui, c'est parcequ'on a pas voulu accuser la femme.

Perdante sur tous les tableaux.

Dégoutée

J'aurais du prendre conscience bien plus tôt de ce contexte malade car depuis j'en suis devennue malade au point de ne plus pouvoir exercer mon métier.

Trop d'énergie perdu à écouter leurs excuses bancales mais unanimes pour me garder dans le doute et la difficulté. Ils m'ont dégoutés de mon métier, du salariat, de la programmation, de la science ou de la "technique". Leur argumentation sur le long terme m'a empoisoné durablement car j'ai déserté tous ces sujets.

Mais grace à toute cette souffrance, j'ai pu prendre conscience de la perversité du statut de salarié, de l'illusion de la "mixité homme/femme qui y règne et donc de la seule place qui nous y est réservée à nous les femmes c'est-à-dire : entre la machine à café et les toilettes.

"Et si tu pouvais te la fermer, y'a des gens qui bossent ici!".

En mode survie

En attendant de retrouver ma place "ailleurs", je suis devennue une bête dangeureuse au même titre qu'une chienne battue jours après jours, durant des années, dans l'indifférence générale.
Tout comme elle, je me retrouve à vivre en captivité1 où à chaque sortie je combats en moi la peur du prochain coup qui me sera porté.

Il y a aussi cette colère qui a pris toute la place dans mon corps, dans ma vie. Combien d'années encore à subir ces effets néfastes sur ma santé et ma situation matérielle? Dépressions, urticaire, excémas, mychose, infections etc. Je pleure, me gratte de partout, mon corps me brule, saigne ou transpire plus que de raison constement et ai peur quand on m'adresse la parole.

J'ai peur de la prochaine attaque : celle qui m'achevera pour de bon!

Combien de temps me faudra-t'il pour arriver à désserrer la mâchoire? pour transformer ma passivité en action? ma terreur en moteur? ma peur en force? Combien de temps pour réussir à voir autre chose dans la vie que des gens qui frappent et d'autres qui subissent? Combien de temps, encore?!

En quelques années, mon monde s'est écroulé sous mes pieds, et en tentant de ne pas mourir sous les décombres je me demande : combien de temps encore pour reconstruire des fondations saines? Y'at'il une vie après tout ce carnage?



(1) même si les conséquences ont été lourdes : je suis devenue phobique du travail, des hommes et de toute activité nécessitant d'être en groupe.

Ma parole en publique reste toujours accompagnée de la culpabilité de m'être exprimée. A chaque prise de position en publique j'ai eu successivement la voix bloblotante, entre-coupée, sortant avec difficulté de ma gorge.
Je dois travailler mes notes 3x fois plus que de nécessaire.
Je peux changer jusqu'à 3x de tee-shirt par jour.

Ces choses n'existaient pas quand j'étais étudiante et que je prenais la parole en public. Au contraire, la prise de parole a toujours été naturel et fluide chez moi.