Moi femme non civilisée

Seule et vivante

Je ne me vois, ne me pense pas comme une personne de jolie ou de moche. Lorsque je regarde mon reflet, je me vois "moi", telle quelle, une personne entière et non une femme (VS un homme).

Lorsque je fais quelque chose, je ne le fais pas en fonction de cette dite apparence. J'ai envie de faire quelque chose parce que, j'ai envie, justement. Je ne le fais pas pour être jolie, félicitée ou blâmée. Mon apparence, mon vagin n'ont rien à voir dans l'équation.

Accompagnée mais étouffée

Pourtant, quelque chose dans le regard de l'autre, les remarques ou comportements des autres qui me rappelle ce que je dois ou ne pas faire. Je ressens leur des.approbation et ça interfère dans ma façon d'être. Dans ces moments je me sens étrangère à moi-même.

Quand je suis seule et que je travaille ou me promène, je suis en contact avec le monde matériel "brut" et vivant; je suis connectée à mes sensations : le vent souffle dans les cheveux pour tout.s.tes, les oiseaux chantent pour eux et nous pouvont tout.s.tes en profiter si nous tendons l'oreille.

Dans ces moments, je ne me pense pas comme une femme, fille, soeur ou épouse. Je me sens faire partie d'un monde vivant, vibrant. Un monde entier, uni et non séparé en deux : un pour les hommes et le reste pour les femmes. Je me sens une partie d'un tout, reliée par l'air, le sol, le ciel et la mer. Je me sens libre, entière, connectée.

Dans la société, je prends de plus en plus conscience de ma place de femme; je ne me place pas où je le souhaiterais mais où l'autre souhaiterais que je sois. La conscience de cette auto-censure s'est faite brutalement, dans la souffrance et beaucoup trop tard.
Après avoir grandi et appris à agir avec une liberté totale (mes parents ne s'occupaient pas de moi) j'ai découvert un monde qui m'empêchait d'être ce que j'étais : un être sauvage, indompté et libre.

Désormais, dans ce corps de femme, en société, je me sens remise à ma place. Il est devenu étriqué, inconfortable; je ne m'y sens plus à ma place. Je voudrais être autre. Je voudrais être ailleurs. Ou alors ne plus être, en finir avec cette mascarade qui m'a fait perdre le goût des choses.

Se réconcilier avec ce que l'on a

Me penser femme est une source énorme de souffrance. Pourtant, il peux m'arriver de me sentir femme et heureuse.

Je suis heureuse lorsque je suis parmi d'autres femmes, qui ne semblent pas choquées de mon image, de mes manières. Des femmes que je pense/ressens aussi libre que moi, qui se sont senties empêchées ou qui comprennent/admettent/acceptent cette relation douloureuse entre le corps et l'être. Dans ces moments là, je ne me sens plus tiraillée entre mes envies et la réalité.

Je suis heureuse lorsque je me pense mère. Une chaleur me rempli, de la douceur et un sentiment de pleinitude. Je ressens mon coeur se réchauffer et mon corps vibre. Peut-être parce qu'après avoir eu mes règles (la puberté), porter la vie puis devenir mère a été ce qui m'a le plus transformé (dans mon esprit et ma chaire).

Seulement il est si difficile de s'y accrocher tous les jours, c'est épuisant. Car je me sens à contre courant. La conscience du regard de l'autre prend encore trop de place dans ma perception si bien que l'isoler constemment m'épuise. J'aimerais tant réussir à être moi, sans être aussi fatiguée. Être soit et être avec les autres me semble tellement incompatible.